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Journal de bord

Le spectre de l’inflation

Ce n’est pas par les temps qui courent que les Québécois s’enrichissent. Si l’on se fie uniquement aux chiffres sur l’inflation publiés par Statistique Canada, on serait plutôt tenté de dire l’inverse. En effet, sur les 3 premiers mois de 2008, la montée de l’inflation s’est effectivement ralentie. Cela dit, dans leur portefeuille, les Québécois sentent néanmoins que le coût de la vie augmente de manière soutenue. C’est qu’il existe une tendance plus lourde, dont le point de départ se situe à l’automne 2006, et là, l’inflation progresse réellement.

Qu’est-ce qui est en cause ? Tout d’abord, jamais l’or noir n’a coûté aussi cher. Le prix du baril de pétrole fracasse record après record. Présentement à 135 $US le baril, soit un bond de 100 % par rapport à l’an dernier, on se demande bien ce qui pourra freiner cette vertigineuse ascension. Bien entendu, la moindre poussée à la hausse se répercute aussitôt sur le prix de l’essence à la pompe, dont le litre flirte en ce moment aux environs de 1,50 $. Qui aurait pu imaginer cela possible il y a un an ?

Également comme facteur, on trouve le prix des céréales, qui a été catapulté depuis le début de l’année dernière : le regain soudain d’intérêt pour les biocarburants, généré par la flambée du pétrole, a créé de fortes pressions sur de nombreuses cultures. C’est ainsi qu’entre mars 2007 et 2008, l’indice FAO du prix des céréales a presque doublé, passant de 151 à 284. À travers le monde, cette augmentation s’est reflétée au détail sur le pain et les pâtes, mais également sur le lait et la viande. Les Canadiens n’y ont pas échappé : selon Statistique Canada, par exemple, entre avril 2007 et 2008, le prix des produits de boulangerie s’est gonflé de plus de 10 %, « soit la hausse la plus prononcée depuis novembre 1981 ».

Il y a enfin une 3e raison qui explique pourquoi les Québécois se sentent moins riches et qui, cette fois, n’a rien à voir avec ce qui se passe sur les marchés mondiaux : la force du dollar canadien. Sa parité avec la devise américaine est un inconvénient pour les exportateurs, puisque leur marchandise devient plus chère chez nos voisins du Sud; en revanche, elle devrait avoir l’avantage de rendre les produits importés au Canada moins chers.

Or, ce n’est pas ce qui se passe. Une étude de la Banque de Montréal, publiée la semaine dernière, révèle qu’en dépit de la parité, les Canadiens paient encore 18 % plus cher les produits qu’ils importent, qui vont des automobiles aux électroménagers en passant par les vêtements et les couches pour bébé. C’est donc dire que dans la croissance des ventes au détail des derniers mois, il y a peut-être une partie qui s’explique par le fait que la parité ne s’est pas matérialisée à la caisse.

On peut se consoler d’une chose. C’est que Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada, a l’inflation à l’œil. Il l’a encore prouvé la semaine dernière alors qu’il a maintenu le taux directeur à 3 %, déjouant ainsi tous les analystes qui s’attendaient à encore davantage de détente monétaire. Le grand argentier a évoqué que les risques inflationnistes étaient bien présents en raison des prix des matières premières et des prévisions de croissance de l’économie canadienne d’ici la fin de l’année ainsi qu’en 2009. Alors, si les consommateurs ont l’impression de s’appauvrir, qu’ils sachent que la Banque du Canada entend jouer son rôle de garde-fou contre l’inflation.